Fairmont Peace Hotel // Shanghai(Photo gracieuseté du Fairmont Peace Hotel)

De toutes les villes chinoises, Shanghai s’est toujours perçue comme la plus moderne. Grâce au commerce de la soie, cette ancienne bourgade de pêcheurs et de tisserands a reçu le surnom de « Paris de l’Orient » durant les années folles marquées par le jazz et le gin. Si des promoteurs immobiliers empanachent aujourd’hui l’horizon de gratte-ciels, les illustres édifices Art déco de la ville demeurent la référence en matière d’architecture.

Le style Art déco a fleuri à Paris, lors de l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de 1925. Ses précurseurs ont délibérément remplacé les fioritures du passé par des formes profilées et des motifs répétitifs qui reflètent bien l’engouement du temps pour la machine. Ont ainsi vu le jour des motifs géométriques et des assemblages de matériaux comme l’inox, l’aluminium, le marbre et le verre ; éléments qu’on aperçoit encore à Shanghai.

Pour le constater, on s’arrête d’abord au Fairmont Peace Hotel sur le Bund. Grâce aux efforts conjugués d’Hôtels Fairmont, du Jin Jiang Hotel Group et de la firme de design Hirsch Bedner Associates (HBA), cet établissement érigé par sir Victor Sassoon (un visionnaire d’origine judéo-irakienne) a rouvert après une minutieuse restauration. Inauguré en 1929 sous le nom de Cathay Hotel, le somptueux bâtiment aux tours caractéristiques et au toit pyramidal incliné a vite acquis la réputation de « Perle de l’Orient ». Les amateurs d’architecture l’auront compris : c’est aussi un joyau de l’Art déco. « Le Cathay a été conçu selon le style en vogue à l’époque, précise Connie Puar de HBA. Son design incarnait l’avenir industriel, la technologie, la modernité. »

Plusieurs détails Art déco du Peace Hotel (nombreux luminaires, cloisons en verre Lalique, cages d’ascenseur en bois de rose et accessoires en cuivre) recèlent un doux parfum d’Orient, particulièrement le symbolique noeud éternel qui s’imbrique dans les motifs. L’atrium octogonal en verre du hall (où un trio à cordes sérénade les clients à l’heure de l’apéro) est quant à lui à couper le souffle.

Le boulevard du Bund est jalonné de plusieurs merveilles d’époque. À deux pas, le vieil édifice de la Bank of China arbore de fines cloisons verticales aux fioritures quasi calligraphiques, ainsi qu’un toit qui prend des airs de pagode. Conçue en 1927 par Palmer & Turner, la Custom House est dotée d’une tour horloge d’inspiration Art déco. Toujours en activité, le vieux théâtre Cathay, avec ses bandes verticales et la flèche de son fronton qui pointe vers le ciel, a été imaginé en 1932 par C.H. Gonda, un architecte européen établi à Shanghai. Pour le plus grand bonheur des habitants à la fibre design, on trouve d’autres brillants joyaux Art déco disséminés dans l’ancienne concession française. À voir, entre autres : les charmantes gypseries parfaitement conservées sous les corniches de l’élégant immeuble Savoy Apartments et, tout près, les fenêtres arrondies à la mode Shanghai qui épousent les courbes de la façade aux accents Bauhaus de l’édifice, qu’on appelait jadis l’Empire Mansions.

Selon Connie Puar, l’actuel défi de la ville est de maintenir « un équilibre délicat entre la préservation de l’héritage d’un hier glorieux et un réaménagement urbain orienté vers demain ». Pour le voyageur d’aujourd’hui, cet « équilibre délicat » est précisément ce qui fait de Shanghai une ville bien de son temps.

Déjà publié dans le magazineFairmont.