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Plus haut, plus vite, plus fort, telle est la devise de tous les grands sportifs. Mais force et vitesse ne représentent qu’un côté de la médaille.
Demandez à n’importe quel athlète le secret de son succès, et il vous répondra : la résilience. Car le talent n’est pas tout. Ce qui compte surtout, c’est son entêtement à s’entraîner dès l’aube, à exercer son sport malgré la douleur, à rester motivé sous la pression. C’est cette ténacité qui lui fait franchir les fils d’arrivée, qui le hisse sur les podiums, qui assure à son équipe une place aux championnats.
Cela, les danseurs sur glace Tessa Virtue et Scott Moir l’ont appris très tôt. Ils étaient encore enfants lorsqu’ils ont commencé à patiner ensemble, et c’est à l’adolescence qu’ils ont quitté la maison pour poursuivre leur entraînement quotidien. Comme bien d’autres, ce qu’ils visaient, c’étaient les Jeux d’hiver de 2010 de Vancouver. Et ils ont incarné l’espoir olympique du pays.
Les mois qui ont mené aux Jeux ont toutefois compté leur lot de défis. Derrière son regard de feu et son sourire, Tessa Virtue, menue et musclée, souffrait de douleurs persistantes aux tibias. Après avoir épuisé toutes les solutions, les médecins ont dû se résoudre à tenter une opération risquée. De son côté, pendant les 18 mois précédant les Olympiques au cours desquels Tessa retrouvait progressivement l’usage de ses jambes, Scott se rendait seul sur la patinoire, située à Canton, au Michigan, et s’entraînait avec un bâton de hockey en guise de partenaire. C’est grâce à leur force de caractère et à leur passion s’ils ont pu traverser cette épreuve. « Il fallait que je me rende aux Jeux olympiques », confie la patineuse.
Début 2010. Nous y sommes. Au terme d’une prestation quasi parfaite livrée sur la Symphonie no5 de Gustav Mahler, le duo doit se douter que ce moment va lui valoir l’or. Les deux patineurs se dirigent près de la bande, Scott se jette dans les bras de l’entraîneuse du couple, Marina Zoueva. Tessa lance un regard à l’entraîneur Igor Shpilband, hausse les épaules et esquisse un sourire. « Oh Canada ! » s’exclame un commentateur télé.
À l’annonce du pointage, les 12 000 spectateurs entassés dans le Pacific Coliseum se sont mis à scander à l’unisson « Ca-na-da ! Ca-na-da ! » Tessa Virtue et Scott Moir venaient de remporter la première médaille d’or canadienne en patinage artistique depuis 2002. (Cette année-là, David Pelletier et Jamie Salé avaient enlevé les grands honneurs pour leur programme en couple, à Salt Lake City.) Tessa et Scott, respectivement âgés de 20 et 22 ans en 2010, devenaient ainsi les plus jeunes patineurs à rafler l’or en danse. « Je la porterai probablement dans la douche, s’est exclamée alors la championne en parlant de sa médaille. Je ne l’enlèverai pas de la semaine ! »
Une médaille d’or olympique ne garantit toutefois pas un avenir sans nuages. Dans les mois qui ont suivi les Jeux, les malheurs de 2008-2009 refont surface : des ennuis de santé viennent hanter la patineuse. Cette nouvelle épreuve arrive dans la foulée des Jeux olympiques de Vancouver, après lesquels on attendait de grandes performances du couple canadien. Tessa se fait opérer aux tibias une fois de plus à la fin de 2010, puis elle se blesse à un quadriceps, ce qui force le duo à se retirer de l’édition 2011 du Championnat des quatre continents, une des compétitions les plus importantes de l’année. « Nous croyions avoir toutes les cartes en main après avoir remporté l’or olympique, mais c’était tout le contraire », avoue son compagnon.
Pendant cette période, les deux patineurs communiquent beaucoup moins, cherchant à éviter de parler des effets de leur séparation sur leur relation professionnelle et sur leur avenir. Comme Tessa l’a mentionné à Steve Milton, l’auteur de leur autobiographie intitulée Tessa & Scott : Our Journey from Childhood Dream to Gold : « Notre relation était à son plus bas, tout comme nos performances sur la patinoire. »
Mais une fois de plus, le duo a persévéré. Après tout, Tessa et Scott n’en étaient pas à leur premier sacrifice ou à leur premier défi depuis le début de leur carrière. Enfants, ils devaient se lever à 4 h 30 du matin pour s’entraîner avant d’aller à l’école. Tessa était âgée de huit ans et Scott était de deux ans son aîné lorsque le couple a commencé à patiner à Ilderton, une petite ville ontarienne près de London. Quelques années plus tard, à l’adolescence, les deux patineurs quittaient leur famille pour s’entraîner à Kitchener, puis à Canton.
Depuis le début, tout le monde savait qu’ils formaient la paire idéale. Tessa a déjà refusé une invitation de l’École nationale de ballet pour patiner avec Scott et celui-ci a affirmé qu’avant d’être jumelé à Tessa, il ne patinait pas très bien. « Ils possédaient une musicalité différente des autres enfants auxquels j’ai enseigné », raconte l’une des premières entraîneuses du couple, Suzanne Killing-Wood, dans le livre Tessa & Scott. « Leur synchronisme n’était pas la seule chose qui les distinguait, leur personnalité et la façon dont ils se nourrissaient de la performance de l’autre aussi. »
Leur camaraderie et leur chimie sur la patinoire peuvent laisser croire que les deux patineurs forment un couple dans la vie, ce qui n’est pas le cas. Ils s’entendent sur pratiquement tout, comme en témoignent leurs conversations, au cours desquelles l’un sollicite souvent l’approbation, toujours accordée, de l’autre. Avoir dû composer avec des blessures chroniques au sommet de la gloire leur a appris qu’il était important de travailler sur leur relation tant sur la patinoire que partout ailleurs. « Auparavant, je croyais que la relation entre les deux patineurs importait peu, admet-elle, mais en fin de compte, ça rend le travail beaucoup plus agréable et productif. » Aujourd’hui, ils parlent avec candeur de leur union singulière. « Depuis les Jeux olympiques, nous excellons dans l’art de nous comprendre et de parler de nos objectifs communs. »
Tessa Virtue et Scott Moir (finalement en santé !) ne prennent désormais part qu’à 8 ou 9 compétitions annuellement. Ils s’entraînent malgré tout 50 semaines par année, à raison de 6 h par jour, dont 2 h de façon individuelle. « Tu t’entraînes pendant des heures et des heures pour 4 min qui doivent être parfaites », affirme Scott. Tessa nuance : « Il n’y a pas de programme parfait. Nous tentons tous d’atteindre quelque chose d’inaccessible. » C’est en fin de compte cela, la résilience : travailler pour triompher d’épreuves à première vue insurmontables et démontrer une volonté de réussir qui s’appuie à la fois sur la résistance psychologique et sur les prouesses physiques.
Encore une fois, leur travail acharné a porté fruit. À la fin du mois de mars, le couple a remporté la médaille d’or aux Championnats du monde de patinage artistique et se mettront bientôt à entraînement pour la prochaine saison, avec dans leur mire la défense de leur titre olympique en 2014. Les deux champions ont la conviction que les récentes épreuves ont fait d’eux une équipe plus déterminée que jamais.
« Nous nous disons souvent que tout cela fait partie du processus », explique Tessa. Maintenant qu’elle a recouvré la santé, la patineuse peut enfin se concentrer sur ses performances sur la patinoire. « Nous tentons de repousser les limites, ajoute son partenaire, mais en fin de compte, nous voulons d’abord et avant tout gagner. »
Déjà publié dans le magazineTendances .





















